Comment as-tu commencé la musique ?
J’ai commencé assez tôt : j’ai écrit mes premiers textes à 16 ans, quand j’étais adolescente à Bordeaux. J’écrivais sans vraiment savoir ce que j’en ferais. Je suis venue à Paris à 19 ans, après mon bac. J’ai eu la chance d’intégrer assez vite un groupe comme choriste, dans une formation appelée Lala et les Émotions. C’était un chanteur extravagant, un peu androgyne, qui avait sorti un titre intitulé « Lala, jolie fille d’Alger ». J’ai commencé aux chœurs avec lui, puis j’ai rapidement pris en charge les claviers. Grégori Czerkinsky, le percussionniste avec qui j’ai fondé Mikado, a ensuite rejoint le groupe.
On a l’impression que tout de suite, vous développez un univers artistique, notamment avec Pierre et Gilles (photographes reconnus, NDLR), comme si vous vouliez proposer un univers culturel global ?
Je pense que Mikado sonnait simple et minimaliste. C’était un choix artistique, dicté en partie par nos moyens, mais l’aspect musical était vraiment important pour nous.
C’étaient quoi vos influences ? On a l’impression qu’elles étaient autant musicales que graphiques.
Mes influences musicales n’ont rien à voir avec ce qu’était Mikado. Moi, j’écoutais du glam rock comme David Bowie ou T. Rex, tandis que Grégori écoutait les Beatles. On peut trouver une certaine filiation là-dedans. Pour le graphisme, nous avions flashé sur les couvertures de Pierre et Gilles pour le magazine Façade. Nous leur avons demandé de faire la pochette de l’album, mais notre collaboration avec eux est devenue si fusionnelle un peu par accident. Avant, notre public était plutôt BCBG, hétéro, et écoutait les dernières nouveautés anglaises. Dès que nous avons rencontré Pierre et Gilles, notre public a complètement changé, et cela s’est accentué avec le temps. (rires) Le visuel a pris une place prépondérante dans le groupe. Après « La Fille du soleil », nous avons été un peu dépassés par cette dimension visuelle dont tout le monde parlait.
Le Japon a-t-il eu une grande importance pour le groupe ?
Nous avions trouvé le nom Mikado avant d’aller au Japon. C’était lié à la chanson « Le Jeu du Mikado », l’une des premières que nous avions écrites. Nous étions signés sur le label belge « Les Disques du Crépuscule », et grâce à eux, nous avons pu partir faire une petite tournée au Japon en 1984, avec Durutti Column et Winston Tong. Nous remplacions un groupe qui n’avait pas pu s’y rendre.
C’est là que vous avez rencontré les musiciens du Yellow Magic Orchestra ?
Oui, Grégori a joué sur l’album de Ryuichi Sakamoto, et Haruomi Hosono, un autre membre du groupe, a produit notre album. L’album est d’abord sorti au Japon, puis plus tard en France.
Pourquoi Mikado n’a-t-il pas connu plus de succès ? Vous aviez pourtant accès à beaucoup de monde !
Je n’ai pas vraiment de réponse. Nous étions un peu des ovnis à côté de Niagara ou Elli et Jacno. Je pense que cela était dû en grande partie à notre visuel, souvent perçu comme « kitsch ». Malgré une apparence très douce, très pop et gentille, nous étions assez réfractaires à beaucoup de choses, notamment en ce qui concerne la promotion : nous n’étions pas toujours très « bons clients » des médias.
Pourtant, vous aviez une image très « Frenchy but chic », avec un côté très branché.
C’est beaucoup lié à Pierre et Gilles, dont Ardisson, notamment, était très fan. Nous étions presque un groupe à quatre. J’ai toujours adoré Pierre et Gilles, ce sont des amis. Le succès de Mikado leur doit beaucoup, mais à la fin, cette collaboration a contribué à figer notre image… et par définition, ce qui est branché doit rester éphémère.
On te retrouve ensuite dans « Bien », un groupe avec les frères Lapicorey, beaucoup plus influencé par la pop anglaise.
Oui, et en plus, il y avait leur cousin, le guitariste Arnaud Fontanes. Beaucoup de gens se sont intéressés au groupe, mais nous n’avons sorti qu’un EP de quatre titres sur un label espagnol, puis nous nous sommes séparés. D’abord du guitariste, car cela ne fonctionnait pas trop. Ensuite, Bertrand Lapicorey est parti, et j’ai continué un peu avec Vincent. Nous avons travaillé sur pas mal de morceaux, fait quelques concerts, et voilà !
Pourtant, on pouvait espérer beaucoup plus de ce groupe.
Oui, mais nous n’avions pas le soutien d’un label ou d’un manager. Nous étions un peu livrés à nous-mêmes, et franchement, cela manquait de professionnalisme. Il y avait plein de morceaux où la voix était sous-mixée, par exemple. Cela manquait d’exigence.
Tu te sentais à l’aise avec ce groupe ?
Oui, j’étais contente, je chantais mes textes…
Et là, à la fin du groupe, tu sors ton premier album solo, « Oserai-je t’aimer », chez Pschent, un label électro. C’est vraiment un grand écart, car tu n’avais jamais fait d’électro.
(Rires) Là encore, c’est le hasard ! Avec Jérémie Lefebvre, qui a produit tous mes albums depuis celui-ci, nous avons cherché un label en France. Nous n’avons rien trouvé, et je commençais à me décourager quand j’ai reçu un appel du directeur de Pschent, qui voulait sortir l’album. C’était un fan de Mikado, et c’est pour cela qu’il m’a signée. L’album a fait un flop, mais je sais pourquoi : quand il m’a signée, il m’a dit « Je n’ai jamais sorti ce type de produit, je ne sais pas vraiment comment faire : je n’ai pas les réseaux ni les connexions, mais je vais faire de mon mieux. »
On a l’impression que ce premier disque solo, c’est vraiment toi, ton style. Tu étais passée de la chanson pop à des chansons plus… profondes ?
Quand j’ai rencontré Jérémie, il m’a joué deux chansons à la guitare, « Si j’étais une vache » et « Tout petit » … J’ai tout de suite su que c’étaient des titres pour moi et qu’il fallait qu’on travaille ensemble.
Jérémie écrit des livres, et là encore, on a l’impression que tu veux toujours dépasser le cadre de la musique. Tu es presque une passeuse, avec la volonté d’aller plus loin.
En tout cas, dans les paroles que j’écris, j’ai toujours envie qu’il y ait autre chose derrière la surface, comme un double fond.
Avec tes albums solos, tu as évolué vers une chanson française des années 70 ?
Pas précisément, même si j’aime beaucoup certains albums de Françoise Hardy ou de Jane Birkin. Je ne pense pas qu’on puisse vraiment me comparer à elles, notamment à cause de mes textes, qui sont un peu plus… hermétiques !
Tu as fait quatre albums avec Jérémie Lefebvre, mais tu as aussi collaboré avec des gens comme Valérie Lemercier, Lio ou Vincent Dedienne sur ton dernier album. Ce sont de belles collaborations !
Toutes ces collaborations, ce sont des gens que je connais. Valérie Lemercier, je la connaissais depuis Mikado, car Grégori avait composé la musique d’un de ses films. Quand Jérémie a écrit le duo « J’ai un mari », nous avons cherché une femme partenaire pour chanter avec moi, et j’ai pensé aux gens que je connaissais. Cela a été facile de contacter Valérie, et elle a dit oui tout de suite. Vincent Dedienne, je ne le connaissais pas, mais je savais qu’il aimait cette chanson, et il a dit oui immédiatement.
Comment décrirais-tu ta musique et son évolution ?
Pour la qualifier, je dirais de la chanson pop, un peu plus électro qu’avant !
Ah bon ? Moi, je ne trouve pas : j’ai l’impression que tu es allée vers des compositions plus simples, plus « pures », comme si tu voulais aller de manière plus directe vers ton public, sans te cacher derrière de gros arrangements électro.
C’est vrai aussi. D’ailleurs, le concert que nous préparons pour le 17 février à La Nouvelle Ève, nous allons proposer un set dépouillé par rapport aux chansons. Il y a une volonté de simplification, d’épurer les titres pour que la voix prenne plus de place.
Tu fais des choses plus « simples », mais pas plus faciles ! Une volonté d’aller droit à la musique, sans fioritures, avec de vrais textes et de vraies notes de musique : tu fais des chansons !
(Rires) Oui, je fais vraiment des chansons… c’est la petite faiblesse qui me perdra.
Est-ce que tu te sens à l’aise dans le monde actuel, avec ces plateformes et tous ces arrangements ?
(Rires) J’ai deux fils, dont un qui fait du rap, et je suis à l’aise avec cela. Cela m’intéresse et m’intrigue de voir comment il s’y prend.
Tu fais partie d’une génération qui a composé de la musique à la guitare, avec ce besoin de faire de jolies chansons, avec une pointe d’humour, en s’amusant.
Pour moi, c’est un peu le secret de la réussite : s’amuser.
Tu es beaucoup montée sur scène depuis tes débuts en solo ?
Non, pas beaucoup. Comme je n’ai pas de label ni de structure, et que je suis assez flemmarde, je monte sur scène quand on me propose quelque chose. C’est assez rare (rires). Ce qu’Enzo (Pezzisolo NDLR), le producteur, fait pour ce concert du 17 février, c’est formidable, et je le remercie vraiment beaucoup. J’ai fait pas mal de concerts à la sortie de mon premier album, dans de petites salles… Nous avions monté un groupe, et tout ça. Pour les albums suivants, c’était plutôt quand on me le proposait. J’ai fait un concert au Zèbre avec Lio en co-plateau, car j’avais retrouvé dans le métro un type avec qui nous avions joué, et qui me l’a proposé. Ce sont plus des accidents. J’ai aussi fait un concert dans les jardins de l’Hôtel de Sully. Je connaissais le responsable de la communication de l’Hôtel de Sully, et il m’a proposé de participer à un événement, « Les Traversées du Marais ».
Tu te sens plus à l’aise sur scène à défendre ces titres qu’à l’époque de Mikado ?
Je pense que oui, je suis plus sûre de moi et plus détendue. Je suis plus moi-même. Avec Mikado, c’était un peu une formule que nous avions bricolée, et de laquelle nous ne pouvions pas vraiment sortir.
Tu es beaucoup plus libre qu’avant. Tu peux faire ce que tu veux, tu n’es pas coincée dans une formule ?
C’est vrai, j’ai l’impression que l’on peut faire ce qu’on veut ! Si on veut faire une chanson très « rock », on le fera.
La plupart des groupes se basent toujours sur un duo : le chanteur et le musicien. Avec Jérémie Lefebvre, on a l’impression que vous avez besoin l’un de l’autre pour avancer ?
Oui, depuis « Oserais-je t’aimer ? », le premier disque que nous avons fait ensemble, cela a évolué. Nous venions de nous rencontrer, et c’étaient vraiment ses chansons. C’est ce qui me plaisait et que je voulais faire : chanter ses textes ! Ensuite, au fil du temps, cela a évolué. Il m’a poussée à réécrire, il avait envie de composer sur mes textes.
Tu veux dire que la musique arrive après les textes ?
Oui, maintenant, c’est comme ça la plupart du temps, depuis mes deux derniers albums.
Tu es totalement autoproduite ?
Oui, nous faisons tout, tout seuls !
Vous serez combien sur scène pour le concert à La Nouvelle Ève ?
Nous serons cinq sur scène, c’est un quintette ! Nous allons proposer une version acoustique des morceaux, adaptée par Jérémie. Je vais faire un « patchwork » de mes quatre albums, avec une majorité de titres du dernier, et il y aura une reprise d’une chanson très connue.
Et c’est quoi, la suite ?
Très bonne question (rires). Peut-être d’autres concerts, maintenant que j’ai un groupe formé pour celui-ci. Nous allons sortir des singles dans un premier temps. Je trouve cela mieux, plus léger, on peut aller où on veut.
Tu viens de sortir un nouveau titre, « Il neige sur Dakar », assez pop et décalé.
Oui, c’est pop et décalé… et engagé : il y est fortement question du dérèglement climatique !
Le mot de la fin !
Venez me voir le 17 février à La Nouvelle Ève avec Alissa Wenz, c’est un co-plateau. À part ça, en ce moment, j’ai envie de faire des « boutures ».
Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?
Alors là, je sèche ! Jérémie me souffle l’album de Brigitte Fontaine produit par Daho, « Genre humain », avec la chanson « Conne », c’est vrai : j’adore.
Un grand merci à Enzo Pezzisolo
En concert le 17 février avec Alissa Wenz à la Nouvelle Eve – 25 rue Pierre Fontaine 75009 Paris
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