Peux-tu te présenter et nous dire comment tu es arrivé dans Prairie Dogs Music ?
Je suis Fred Mosrite, un grand fan de musique. Je suis arrivé dans Prairie Dogs Music par l’intermédiaire de Philippe Gilard, avec lequel j’avais des amis en commun. La connexion s’est surtout faite par l’Aveyron : Philippe en est originaire et moi, j’ai un ami, avec qui je fais tous les concerts, qui est un très bon ami à lui. Comme Philippe travaillait sur la compilation Closer, « Eyes on You, volume 3 », il m’envoyait régulièrement les morceaux ou les mix pour savoir ce que j’en pensais. On a commencé à se lier comme ça, et de ce lien est née une amitié. Au moment où il a voulu monter le label, j’ai été le premier qu’il a contacté. Malgré quelques réticences au début, j’ai dit oui.
Tu as été le premier qu’il a recruté pour le label ?
Oui, on s’était très bien entendu pour l’élaboration de la compilation Closer. Il avait besoin de mes oreilles pour certains morceaux, par manque de recul. Il lui fallait une écoute extérieure. On a construit la compilation comme ça, puis il m’a proposé de rejoindre le label qu’il montait.
Comment est venu ton amour de la musique ?
Pour beaucoup, c’est grâce à mon père. J’avais très peu de différence d’âge avec mes parents, et mon père m’emmenait très jeune dans les festivals de blues. La première fois, je devais avoir une douzaine d’années. Au début, j’y prêtais peu attention parce que c’était un peu « la musique à papa », mais cela a laissé des traces et m’a offert une culture musicale. Ma mère écoutait beaucoup les Beatles, et mon père m’a offert Chuck Berry et Rolling Stones N°2 quand j’avais douze ans. Ensuite, il y a eu les copains, avec les échanges de cassettes, et voilà… Puis le Cahors Blues Festival, dont je suis devenu partie prenante.
Comment es-tu arrivé au festival de blues de Cahors ?
J’y allais tous les ans, et un jour, le « patron » du festival m’a demandé si je ne voulais pas faire le raccompagnement des artistes aux hôtels, puisque j’avais une belle voiture (rires). J’avais un cabriolet 504 que m’avait donné mon père. À l’époque, il n’y avait pas encore de sponsors pour promener les artistes, et je le faisais avec ma voiture perso. En échange, j’avais accès à tous les concerts gratuitement et aussi aux backstages. Je suis entré comme ça dans le festival. Bien plus tard, je me suis occupé de la programmation.
Es-tu un grand fan de blues ?
J’aime beaucoup ça, mais pas tout le blues. J’aime le blues quand il est « roots ». Je préfère Lightnin’ Hopkins à B.B. King, par exemple. J’aime le blues qui m’étonne, qui prend des risques… Avec B.B. King, tu sais à l’avance la note qu’il va jouer, et c’est un peu… ennuyeux !
Tu aimes le blues du Bayou ?
Exactement, je suis un grand fan de Dr. John et du blues de La Nouvelle-Orléans en général !
Tes goûts ont évolué vers le « garage » ?
J’ai toujours eu des goûts éclectiques ! J’avais la chance d’être dans un coin où il y avait beaucoup d’associations qui organisaient des concerts. J’avais des copains à l’adolescence qui m’emmenaient dans les concerts. C’est comme ça que j’ai vu beaucoup de groupes de la scène alternative comme OTH. J’ai vu aussi Noir Désir avant qu’ils ne sortent leur premier disque, et tout ça ne m’empêchait pas d’écouter du blues. C’est ça le problème : on met des gens dans des cases, mais on peut écouter plusieurs choses.
Tu es donc un fan de musique !
Exactement, c’est pour ça que je ne pourrais pas me tenir à une sorte de chapelle ! Par exemple, j’ai beaucoup écouté de new wave comme The Cure, Joy Division, et surtout Bauhaus, dont j’ai tous les disques. J’ai même les groupes qu’ils ont montés après la séparation, comme Love and Rockets. J’adorais aussi Flesh For Lulu avec ce premier album magnifique !
Et le punk ?
Oui, le punk, bien sûr, mais le premier groupe qui m’a fait craquer, ce sont les Lords of the New Church ! Un copain avait ramené leur premier album de Paris, et franchement, j’ai pris une claque !
Le hard rock ?
Quelques trucs, mais pas le heavy metal ! J’ai tous les albums de Motörhead, et j’adore AC/DC, surtout ceux de la période Bon Scott.
Et le hardcore ?
Je suis un grand fan de Hüsker Dü. « Zen Arcade » est un disque génial, mais sinon, je ne suis pas un grand spécialiste.
Quel serait ton style préféré ?
Le gros choc a été en 1989, avec le concert des New Christ avec les Thugs et les Schtauss. C’était la première fois que je voyais un groupe australien, et cela a marqué le début d’une longue passion pour ce rock, qui s’est traduite par une énorme collection de disques de groupes de là-bas. C’est presque devenu maladif pour moi.
Qu’est-ce qui te plaît là-dedans ?
Je n’arrive pas vraiment à l’expliquer : une façon d’aborder la musique, pas de messages entre les morceaux, l’intensité avec ce côté « on ne cherche pas la virtuosité ». Ce sont des musiciens efficaces. Pour moi, l’Australie, c’est un son ! Les Américains, quand ça commence à cartonner, ne peuvent pas s’empêcher de brailler. Ils gueulent, alors que les Australiens ont une musique aussi puissante, mais ils chantent comme les Beatles ! Tu écoutes les vieilles productions australiennes, elles ont bien vieilli, elles ne sont pas marquées par le temps. Quand tu écoutes Nirvana, tu sens tout de suite l’époque du groupe, alors que lorsque tu écoutes la plupart des groupes australiens de la même époque, tu as l’impression que c’est sorti il y a peu de temps. Pas pour tous, bien sûr, mais pour la plupart, cela se sent. L’Australie, pour ça, c’est particulier.
Pourquoi, selon toi ?
L’Australie est un petit pays où on ne peut pas vivre de la vente de disques. C’est grand, mais il y a peu d’habitants, et comme c’est difficile de s’exporter (parce que ça coûte cher), les groupes arrivent par la scène. Il y a un réseau de clubs et de salles très développé. Donc, quand ils arrivent, ils sont rodés. Je n’ai jamais été déçu par un groupe australien sur scène, jamais !
Y compris les groupes mainstream comme Midnight Oil ou INXS ?
Y compris eux. Ce sont des groupes qui, sur scène, sont d’une efficacité redoutable.
Tu as fait quoi en musique ?
J’ai essayé la guitare avant de m’apercevoir très vite que je n’étais pas fait pour ça. Je suis plutôt dans l’optique d’en écouter beaucoup. Je regarde peu la télé, j’écoute de la musique. Comme je bois peu d’alcool, j’achète les disques à la fin du concert. Mes copains me font souvent la réflexion : « Tu as vu tout ce que tu as mis comme argent dans les disques ? » D’accord, mais moi, je dépense très peu en bière ou en alcool, je préfère acheter les disques…
Tu as participé à l’organisation de festivals, à part celui de Cahors ?
J’ai surtout servi de relais ou d’intermédiaire. On me demande où on peut jouer à Toulouse ou dans la région, si je connais telle ou telle personne… Les gens savent que je tourne beaucoup sur les concerts, que je vois jusqu’à 70 artistes sur scène par an. Mais je ne suis plus tourneur.
Tu as été tourneur ?
Oui, c’était il y a quelques années. On avait essayé de faire un « putsch » au festival de blues de Cahors. On n’était plus trop d’accord avec la gestion du festival. On a perdu ce « putsch », et on a décidé de partir. Avec un des musiciens, qui participait à la programmation avec moi, on a monté une structure, « L’Étroit Tours », avec laquelle on a fait tourner des artistes de blues pendant quatre ans. Au festival, on nous demandait des têtes d’affiche, et nous, on préférait faire venir des bluesmen obscurs que l’on connaissait. On essayait à chaque fois de leur trouver quelques dates en France pour qu’ils ne viennent pas que pour Cahors. En partant de ce constat, on s’est dit : « On le fait pour le festival, on va le faire pour nous. » On avait les contacts, et donc on l’a fait. On a fait tourner des bluesmen américains en France et en Europe. Une année, on a fait 70 ou 80 dates.
Prairie Dogs Music est donc ton premier label ?
Le premier où je m’investis, oui !
Mais tu connais beaucoup de monde ?
Je tourne beaucoup sur les concerts et les festivals, et donc, forcément, à force, tu connais du monde. Je ne connais pas bien le milieu parisien, mais je croise beaucoup de monde au « Cosmic Trip » à Bourges ou à « Binic ». En fait, ce sont souvent les mêmes que tu croises.
C’est quoi ton ambition par rapport au label ?
C’est une aventure ! Je voudrais bien que l’on sorte un bel objet avec de beaux retours pour Out Of The Fire, et que cela nous permette de sortir d’autres choses par la suite.
Quel était ton rapport avec Bruce Joyner ?
J’ai acheté ses disques. Il doit me manquer deux ou trois bricoles pour avoir l’intégrale. Comme beaucoup de monde, j’ai acheté les disques de New Rose et Closer. C’était un artiste que je trouvais fascinant, avec son côté un peu… bancal, un peu poète maudit. Sa musique est raffinée, et elle m’a toujours plu…
Tu es donc un grand amateur de « rock garage » ?
Oui, parce que j’ai trouvé là une communauté où je me sens bien ! Il y a un circuit en France où il y a ces groupes garage qui viennent du monde entier. C’est à se demander comment ils arrivent à faire venir des groupes d’Australie ou du Japon. Ils ne sont sûrement pas bien payés, mais ils sont contents d’être là, et c’est chouette !
Tu as aussi une expérience de distributeur ?
(Énorme rire) Disons que j’ai aidé à placer quelques disques de Closer, comme la compilation « Eyes On You vol 3 » chez quelques disquaires où je me rends régulièrement, ça ne va pas plus loin. Mais je suis très motivé pour le faire pour « Prairie Dogs Music ».
Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?
Je vais t’étonner, mais je vais prendre l’album « Welcome to the Pleasure Dome » de Frankie Goes to Hollywood ! Ça t’étonne ? Eh bien, c’est un album magnifique, avec une construction incroyable ! Mes filles adoraient ce disque !
