The Track of the Magnificent 9 : Tio Manuel, le 9e Voyage. Entre Bretagne et Désert, le Blues en Liberté

mardi 24 février 2026, par Franco Onweb

Depuis plus de deux décennies, Manu Castillo – alias Tio Manuel – trace sa route musicale avec une liberté rare, mêlant blues désertique, folk hispanique et rock sans compromis. Aujourd’hui, il revient avec « The Track of the Magnificent 9 », son neuvième opus, aussi abouti que magnifique. Entre les landes bretonnes et les souvenirs du désert espagnol, il a forgé un son unique, où chaque note raconte une histoire.

On se connaît depuis longtemps avec Manu. Alors quand il a accepté de se livrer sur ce nouvel album, j’ai sauté sur l’occasion et c’est avec une vraie sincérité qu’il aborde sa musique : sans filtre, avec passion. De ses collaborations avec ses musiciens, à ses balades sur les côtes bretonnes, en passant par ses influences rock’n’roll et ses coups de cœur pour Mink DeVille et autre Joe Strummer, Tio Manuel nous parle de création, de liberté et de cette obsession de faire vibrer les cordes de sa guitare.

La dernière fois qu’on s’était parlé, c’était pour Red Rowen, le groupe que tu avais rejoint en 2023. Que s’est-il passé depuis ?

En parallèle du groupe, je continuais mon projet Tio Manuel. J’avais envie de tourner avec Red Rowen, mais c’était compliqué de continuer sur les deux projets. On s’est quittés en bons termes, et je suis ravi si j’ai pu les aider à enregistrer et sortir leur 1er album. Je leur souhaite bonne chance pour la suite. Je me suis donc à nouveau recentré sur mon projet et l’écriture du 9e album de Tio Manuel.

Manu Castillo en concert
Crédit : Philippe Bérranger

Ton nouveau disque s’inscrit dans une veine blues, Mexicano, hispanique et folk, vraiment captivante. Tu vis maintenant en Bretagne : est-ce que le côté « landes » au bord de la mer a joué un rôle, sachant que tu aimes le désert ?

Oui, j’aime le désert. Mes grands-parents paternels venaient du désert espagnol, ce sont mes racines et ça m’inspire. Pour la Bretagne, je suis venu parce que je voulais quitter Paris et qu’un ami vivait dans le coin, et je ne pensais pas m’y sentir aussi bien. J’habite sur la côte, et j’adore ça.

Tu as trouvé un lien entre la Bretagne balayée par les vents et le côté désertique ?

Absolument. J’aime me balader sur ces sentiers côtiers balayés par le vent. Je suis arrivé il y a trois ans, et pendant les deux premières années, je n’écrivais pas vraiment pour Tio Manuel. Je découvrais la région… Un jour, un ami de radio, Franck Deschamps, qui travaille à Radio Béton, est venu me voir. On est allés déjeuner, et pendant le repas, il a demandé à écouter ce que j’avais écrit depuis mon arrivée. Je lui ai répondu que je n’avais pas d’inspiration. Sa femme m’a regardé et m’a dit : « Ce n’est pas possible ! Regarde où tu vis ! » Je suis rentré du déjeuner en me disant qu’ils avaient raison. Je me suis mis un coup de pied aux fesses et j’ai composé « The Moorland », qui parle justement de la lande. Ensuite, tout est venu naturellement.

C’est le morceau qui ouvre l’album, suivi de « Once Upon a Time », plus rapide, plus rock…

Oui, c’est plus rapide, et ça revient à ce que j’ai toujours fait : ce rock folk-blues qui est ma signature. Je ne voulais pas m’éloigner de cette couleur. La grille d’accords peut rappeler Mink DeVille, Bruce Springsteen ou Joe Strummer. Ça peut même évoquer The Clash par moments, dans ma façon de l’interpréter.

Dans tes influences, on retrouve effectivement Mink DeVille, avec ce côté « Spanish Harlem ». On peut aussi penser à Calexico, mais on ne peut pas vraiment te classer dans une catégorie. Par exemple, tu cites Los Lobos dans ta bio. Le seul point commun que je vois avec eux, c’est ce côté hispanique.

Je suis d’accord avec toi pour Los Lobos, j’ai cette couleur hispanique, que je partage avec eux.

Mais tu es le seul à avoir ce son ?

En France, oui et c’est normal : avec le temps, tu développes ton propre style.

Avec cet album, tu as encore affiné ce son. On a l’impression que tu ne te poses plus de questions.

Ça fait un moment que j’ai compris qu’il ne fallait pas se poser de questions : tu fais ce que tu veux et ce que tu sais faire. Ça plaît ou ça ne plaît pas, mais ça me ressemble…

J’ai l’impression que depuis « The Ian Ottaway Project », tu as vraiment trouvé ton son et ta couleur, que tu développes depuis.

Oui, plutôt depuis « 4 Stones », mais c’est vrai : sur mes premiers disques, je cherchais encore ma voie. J’avais encore les démons de mon époque « Punk Rock Reggae ». « The Ian Ottaway Project » m’a aidé à me recentrer. C’est un disque qui m’a fait du bien, car Ian Ottaway, qui travaillait avec Black Rebel Motorcycle Club, a accepté de collaborer avec moi. Ça m’a décomplexé, j’étais à l’aise.

En concert
Crédit : TMphotos

Sur cet album, la guitare est encore très présente. Tu sais vraiment la faire parler sans tomber dans le côté « lourd ».

Oui, c’est un disque de guitare, et j’adore ça… Mais c’est aussi grâce à Gilles (Fegeant) !

Qui n’est pas sur tous les morceaux !

C’est un choix. Tio Manuel, c’est mon projet, c’est mon son. Je travaille d’abord seul, jusqu’à avoir une vision claire de ce que je veux. Ensuite, j’implique mes potes du groupe ou des gens comme Slim Batteux aux claviers, que je connais mieux maintenant. Je ne fais pas jouer tout le monde par copinage : je fais appel à des gens parce que je considère qu’ils vont apporter quelque chose. C’est pour ça que Gilles ne joue pas sur tous les morceaux, et que j’ai enregistré de nombreuses guitares moi-même. Je trouve que l’équilibre est plutôt réussi.

Justement, comment es-tu en studio ? Un dictateur, ou tu écoutes les autres ?

Il faut que ça groove, donc qu’il y ait une bonne ambiance. Aujourd’hui, je travaille comme beaucoup : j’ai un « home studio ». Je compose tout et je joue de tout. « The Moorland » a été bon du premier coup, mais d’autres morceaux ont demandé beaucoup de travail et de retouches. Quand je sais que j’ai enfin le morceau, j’appelle les autres. Mon ami et ancien batteur Léon Teoquer est venu jammer sur quelques titres au tout début, je ne savais pas encore où je voulais aller et puis Rudy (Serairi, le bassiste NDLR) est venu chez moi, puis je suis allé chez lui : on a bossé sur des lignes de basse et des chœurs. À partir de là, on a recalé les morceaux. J’ai envoyé les maquettes à Christophe (Gaillot, le batteur NDLR) et à Rudy, et je leur ai dit qu’on allait enregistrer les rythmiques. J’ai trouvé un studio en Bretagne, en pleine campagne : le WM Studio, dans les Côtes-d’Armor. On était en pleine nature, avec de l’espace et c’était vraiment le grand confort.

Tu n’es pas retourné au Garage Studio, où tu as enregistré la plupart de tes disques ?

Non, mais Bernard Natier (l’ingénieur du son du Garage NDLR) est venu sur place. On a fait tourner les titres pendant deux jours avant son arrivée. On a travaillé les choses ensemble. Quand il est arrivé, on était vraiment détendus. On a enregistré les rythmiques, des guitares et des voix témoins. Je suis rentré chez moi, et comme j’ai du matériel, j’ai retravaillé mes parties de guitare encore et encore. J’ai tout envoyé en Espagne à ma copine Sofia pour les chœurs, et à Slim Batteux pour les claviers. J’ai aussi fait venir Lila Frogg, une jeune choriste que j’avais découvert lors d’un concert avec Gil Riot.

Gilles Fegeant, guitariste
Droits réservés

Et ensuite ?

Quand tout a été terminé, je me suis posé et j’ai tout réécouté. J’ai vu où il fallait que Gilles intervienne. J’en ai parlé à Rudy, qui était d’accord avec moi. Tout ça est très démocratique, mais surtout cohérent d’un point de vue artistique. Ce n’est pas que du copinage !

Tu sais où tu vas !

Heureusement, après tout ce temps ! (Rires) Voici comment ça s’est passé : Gilles est venu, on a joué, et si tu prends le chorus de « Hope Is Better Than Dope », c’est lui qui l’a fait, alors que ce n’est pas son style. On a pris le temps de le travailler et, franchement, il a assuré.

Tu as ce morceau « Let’s Ride », magnifique et presque acoustique.

C’est un morceau de rock’n’roll ! La première musique qui m’a donné envie de jouer, c’est le rock’n’roll des années 50, le vrai, l’ancien, le « Old School ». J’ai toujours aimé ça, comme le rockabilly. Ici, c’est juste une guitare acoustique, une électrique pour les leads, une contrebasse, avec ou sans batterie. Je voulais en faire un comme ça, et je me suis éclaté. J’ai enregistré toutes les guitares, car cette musique, c’est mon truc. Là, on est presque sur un style de puriste.

Manu Castillo et puis Rudy Serairi (bassiste ) en concert
Crédit : Philippe Bérranger

Il y a aussi « Louisiana Blues », où c’est la fête de la guitare avec plein de sons incroyables !

Là, j’avais enregistré toutes les guitares, mais Gilles est super fort à la « slide ». J’en avais mis une, et il m’a proposé de la refaire. J’ai enlevé la mienne, car la sienne était mieux et servait vraiment le morceau. Tu as raison, c’est un festival de guitares, mais Gilles y est pour beaucoup.

Et puis il y a « Polvo en el Alma », un morceau en espagnol où tu parles de quelque chose de personnel, avec beaucoup d’émotion.

C’est aussi ça, la musique : tu parles de ce qui te touche. Ce n’était pas facile, j’ai vraiment hésité à l’inclure. C’est un morceau fort et très personnel.

Tu as une facilité à mélanger l’anglais et l’espagnol avec naturel, ce qui donne l’impression de te voir dans une « cantina » en Amérique latine. Le fait d’être en Bretagne n’a-t-il pas encore développé ce côté de ta musique ?

Ça m’a apporté de la sérénité, et je respire. Être musicien ici, c’est bien, et ça me permet de ressentir des choses et de les développer.

Pourquoi ne pas avoir enregistré cet album entièrement chez toi ?

Pour des questions de matériel. Pour enregistrer les batteries, il faut vraiment un studio avec de bons micros et de bons amplis. La technologie permet de faire beaucoup de choses, mais pour obtenir ce que je voulais, il me fallait un studio professionnel.

Christophe Gaillot, batteur
Droits réservés

Ton son est vraiment beau !

C’est le génie de Bernard Natier. Quand on a terminé les prises, il est retourné au Garage et a travaillé tout ça pour obtenir ce son. C’est son savoir-faire !

Tu as ce groupe depuis quelques années, et il est vraiment incroyable !

Oui, Christophe, Gilles et Rudy, on se connaît bien maintenant, depuis plusieurs albums. Ce sont tous d’excellents musiciens, il suffit de voir leurs CV. J’en suis ravi.

Vous avez beaucoup tourné, et vous allez jouer ?

On commence à avoir des dates. On attend des validations, mais on va à Epinal, à Marseille, à Tours, Paris, Beaumont (près de Chinon) et on attend des retours de festivals pour l’été et l’automne.

Tu as un côté voyageur : on t’imagine partir avec ta guitare, un sac, un carnet et un crayon.

J’aime bouger, c’est sûr !

Il y aura une suite ?

Pour l’instant, on se concentre sur la sortie : on va jouer l’album, le présenter au public en espérant qu’il plaise et on verra la suite après.

Il sort chez qui ?

J’ai ce côté buté, je n’ai jamais baissé les bras. A part avec Closer, avec qui j’ai sorti deux disques, aucun label n’a jamais été intéressé par ma musique. Alors, comme je ne suis pas du genre à me plaindre, et à attendre que ça tombe du ciel, je me suis dit « Fuck off, on y va » et on a monté notre label, « El Tio », distribué par Inouïe. Le label ne s’occupe que de moi, de mes affaires et de mes groupes. J’ai négocié avec Inouïe, je gère mes contrats, je suis seul décideur et par conséquent je n’ai pas besoin de faire de concessions.

Tu as un très beau graphisme sur tous tes disques : tes pochettes sont magnifiques !

Depuis le début, la graphiste, c’est ma cousine. J’ai de la chance qu’elle soit là. Comme je l’ai dit, j’aime le voyage, ce besoin de faire rêver et de faire voyager les gens. Je fais une musique de territoires, d’espace, de liberté, et il faut que ça transparaisse dans le visuel. On travaille dans ce sens. Les photos ont été prises par ma compagne, Florence, et ensuite, j’ai tout donné à ma cousine.

Manu Castillo en studio
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Elle est magnifique, cette pochette !

Tant mieux, mais je veux qu’elle retranscrive la musique du disque, que l’auditeur ne soit pas perdu. Qu’il y ait une cohérence.

Est-ce que, de temps en temps, tes doigts ne te démangent pas et tu n’as pas envie de revenir au rock « pur et dur » avec lequel tu as commencé ?

Forcément. Prends Red Rowen : j’étais content de jouer avec eux, car j’envoyais du gros son. Demain, si je croise un groupe dans ce style qui cherche un guitariste pour des concerts ou autre, je ne fermerai pas la porte. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour : l’album sort, et j’espère qu’on va beaucoup jouer.
Ma priorité et mon actualité c’est « The Track of the Magnificent 9 » !

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