Peux-tu te présenter ?
Je suis Denis, fondateur du groupe Montpelliérain Deleo. Nous sommes quatre : Émilie au chant, Ben à la batterie, Félicien à la basse et moi à la guitare. Je compose l’essentiel de la musique, je suis aussi multi-instrumentiste, et Émilie écrit les textes également, notamment sur notre dernier EP. Deleo évolue entre rock alternatif, post-punk, new wave, avec parfois des échappées plus pop. À l’origine, c’était un groupe de rock influencés par Radiohead, Placebo ou Archive, mais nos influences se sont élargies avec le temps autour de Fontaines D.C, Idles ou les Murder Capital.
On écrit simplement la musique qu’on aime écouter.
À l’écoute de votre dernier EP, le mot « puissance » vient immédiatement à l’esprit. Le terme de « fusion musicale » vous convient-il ?
Oui, totalement. Cette puissance est aussi liée à notre rencontre avec Philippe Uminski, qui a produit l’EP. C’est quelqu’un qui se définit comme « le réalisateur français le plus anglais. Il a une culture très large et surtout une capacité rare à se mettre au service d’un projet. Il nous suit depuis 2021, a réalisé notre premier album The Best Is Yet To Be, ainsi qu’une série de bootlegs cette année. Sur cet EP, nous voulions un son plus organique, plus frontal, en phase avec notre rage notamment celle d’Émilie. Philippe est devenu le cinquième membre du groupe en quelque sorte.
D’où vient le nom Deleo ?
C’est la contraction de « De-nis » et Éléo-nore, la première chanteuse que j’ai rencontrée au tout début du projet. À l’origine, Deleo était quelque chose de très humble, presque confidentiel.
Êtes-vous un groupe ou un duo ?
Le projet est porté par Émilie et moi mais nous restons clairement un groupe de quatre membres sur scène. Sur cet EP, nous avons voulu raconter l’histoire de notre duo : la rencontre entre quelqu’un de réservé, introspectif, et une fille extravertie, très incarnée sur scène, qui a des choses à dire. Le groupe reste essentiel, en studio comme en live.
On sent une dualité forte dans votre univers. C’est assez rare.
C’est à la fois une force et une faiblesse. Sur notre premier album (The Best Is Yet To Be), on percevait déjà cette opposition entre ombre et lumière. Sur If This World Were Mine (dernier Ep), Nous n’avons jamais eu peur de proposer des morceaux exigeants, parfois violents, avec des basses déstructurées (Echoes), à côté de titres plus accessibles comme You and I, plus pop.
Cette dualité nous permet de ne pas être facilement catalogués, ce qui peut aussi compliquer certaines choses. Mais c’est ce qui fait notre identité.
Explique-toi.
Nous avons un gros son, mais aussi une vraie sensibilité pop. Ça peut déstabiliser. Malgré ça, on creuse notre sillon, avec nos moyens, en restant professionnels et fidèles à ce que nous aimons.
Vos morceaux pourraient inspirer des remix. Vous semblez sous-estimer votre versant électro.
C’est assez juste. La première expérience Deleo remonte à 2019, quand j’ai envoyé un titre à James Sanger (NDLR producteur anglais multi primé). Je suis resté chez lui plus de deux mois en 2020, et nous avons produit un album très pop-electro, très abouti techniquement, mais qui ne me correspondait pas artistiquement.
Avec le Covid et des changements de line-up, j’ai reformé le groupe avec une vision plus rock. C’est là que Philippe est arrivé. Les remix sont une piste intéressante, mais que nous n’avons pas encore vraiment explorée, surtout par manque de temps.
De quoi parlent vos textes ?
De beaucoup de choses. Mes textes sont souvent introspectifs. Émilie, elle, aborde des expériences personnelles et des sujets de société. Calm and Quiet évoque une forme de violence physique et la manière dont la société réagit. Echoes est un texte sur la quête de soi, presque spectral. Asshole and Ashes parle de l’égoïsme ambiant, du repli sur soi.
Savez-vous où vous allez musicalement ?
Pas vraiment, et c’est volontaire. Après cet EP très frontal et marqué par la rage, je me demande si le prochain album ne sera pas plus posé, plus ambiant. Je n’ai pas envie d’être violent, mais je ne veux pas non plus me lisser. J’ai encore des choses à dire artistiquement.
Pourtant, on ne vous imagine pas vraiment vous calmer…
(Rires) Nous retournerons en studio en 2026. Avec ce qui se passe autour de nous, j’ai paradoxalement envie de calme, de créer une forme d’opposition à la violence ambiante. On verra.
Sur scène, l’impact doit être fort.
Le mot qui revient le plus souvent après nos concerts, c’est « énergie ». Nous ne sommes pas un groupe démonstratif : notre attitude est plutôt intériorisée, presque shoegaze, sauf Émilie qui incarne la rage. Et pourtant, à la fin, les gens viennent nous dire : « Quelle énergie… comment vous faites ? »
Le rock n’est-il pas trop étroit pour vous ?
J’ai grandi avec Radiohead, un groupe qui n’a jamais accepté d’être enfermé dans un style. Mon objectif est d’évoluer à chaque disque et d’emmener le public ailleurs. Nous avons la chance d’être indépendants et de ne répondre qu’à notre propre exigence.
Êtes-vous totalement indépendants ?
Nous avons notre propre label, Made It Records et L’EP est sorti en licence chez La Couveuse, qui a respecté notre vision. Aujourd’hui, nous avançons à notre rythme.
Quels sont vos projets ?
Jouer autant que possible, même si c’est de plus en plus compliqué. Nous commençons à programmer 2026 (Nice le 14/03, Marseille le 19/06 et Caen le 5/03), en attendant des confirmations de nouvelles programmations et de festivals. Nous retournerons en studio, continuerons à créer, et publierons sans doute des formats plus courts, plus réguliers, pour rester vivants artistiquement.
La scène reste votre terrain naturel ?
Oui. C’est là que tout prend sens.
Un dernier mot ?
Venez nous voir en live.
Quel disque conseillerais-tu à un enfant de 8 à 14 ans ?
Question difficile. J’ai écouté Older de George Michael avec ma fille récemment, et mes enfants ont grandi avec Radiohead. Je recommanderais ces deux artistes au registre antagoniste, sans hésiter.
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