Peux-tu te présenter ?
Bonjour ! Je suis Laurent, de Toulouse… Et je suis sobre depuis 2 jours. Se présenter, c’est compliqué ! Je suis musicien, ingénieur son, animateur radio amateur, organisateur (désorganisé) de concerts et, surtout, amoureux du rock’n’roll !
D’où vient ton surnom « Lo Spider » ?
C’est un surnom qui me suit depuis le Jerry Spider Gang, un groupe dans lequel je jouais de la guitare et chantais entre 1998 et 2015, quelque chose comme ça… Sur la pochette du premier 10", Porn In The Bayou, j’ai voulu donner des surnoms à tous les membres, et je me suis auto-baptisé Lo’Spider. Laurent, c’est mon prénom, et Spider, c’était une évidence.
Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?
Très tôt, vers 13-14 ans. J’ai commencé à traîner avec des potes de mon âge, et je ne sais pas trop par quel processus chimico-social on est passé de Michael Jackson au psychobilly. Bref, on écoutait Stomping at the Klub Foot, Psycho Attack Over Europe, Blood On The Cats… Des compilations assez ouvertes, avec souvent des groupes plus « garage ». C’est notamment le cas de Rockabilly Psychosis & The Garage Disease, où j’ai découvert les Sonics… Leur son a directement fait imploser mon cortex ! Tout ça, combiné aux « grands frères » qui avaient des discothèques bien fournies, et me voilà sur les rails de l’enfer !
À la même époque, vers 1986, on a commencé à jouer de la musique avec deux autres copains de classe. On faisait les Ramones à trois : une demi-batterie, un guitariste débutant et moi au mini-clavier Yamaha, le seul instrument dont je savais à peu près me servir… Ça a duré quelques mois, puis je suis passé à la basse. À partir de là, je n’ai plus arrêté de jouer dans des groupes.
Quels sont les artistes qui t’ont marqué ou influencé ?
La liste est longue, mais chronologiquement : les Sonics, puis les Saints, le rock australien (notamment chez Citadel), les Ramones, les Stooges, MC5, Modern Lovers, Remains, Dead Boys, Real Kids, les Damned, les groupes de Crypt Records… Ensuite, c’est la vaste débandade : Howlin’ Wolf, Alan Vega, le Velvet, la bande à Billy Childish, RFTC, SFTRI, Dead Moon… C’est sans fin !
Quel a été ton parcours musical jusqu’à aujourd’hui ?
Je t’ai parlé des débuts. Voici ceux qui ont sorti des disques depuis : les Space Beatniks, vers 1992, un combo garage-surf fun dans l’esprit des Raunch Hands (dans l’idée, hein… dans la réalisation, c’était moins convaincant, haha !). À la même époque, il y a eu les Human Flies, avec ma sœur et deux potes, où on faisait surtout des reprises (mais pas que !), entre garage 60’s et punk. C’est là que je suis passé à la guitare. Quand tout ça s’est arrêté, j’avais envie de jouer quelque chose de plus violent, plus stoogien, et on a créé le Jerry Spider Gang avec trois anciens Space Beatniks et le guitariste de Chatterbox. Je suis mauvais en dates, mais la première formation a duré jusqu’en 2003-2004… Puis il y en a eu une autre jusqu’au milieu des années 2010, toujours avec mon compère Mighty Yo, mais avec d’autres membres, notamment Jé, le guitariste-chanteur des Greedy Guts, qui s’est retrouvé à la batterie. On a sorti plusieurs albums et 45 tours. En parallèle du JSGang, je jouais de la basse dans les Zoomen, une sorte de Dead Kennedys des bords de Garonne.
À un moment, on a fait la jonction entre le garage cryptique et le garage à guitare – haha, je vais perdre tous les lecteurs ! – Non, en gros, à l’époque, il y avait ceux qui aimaient les Oblivians et ceux qui aimaient les Hellacopters, et normalement, ils se détestaient ! Je plaisante, mais il y a un fond de vérité : les paroisses étaient assez hermétiques. J’ai rejoint Blew-Up !, un groupe avec d’anciens Fatals, Kung Fu Escalator et le guitariste des Containers/Cheap Chaser.
J’ai aussi joué dans Dividers, un projet garage-country à la Hazzlewood, et Ultrapede… Bon, on n’a pas fait de disque, mais il fallait que je mentionne le groupe. Ce fut un concept assez ambitieux, avec deux anciens des Soldes (à la guitare et aux claviers) et deux batteurs ! Une sorte de chaos pop kraut noise.
Voilà… Puis est arrivé Destination Lonely, un groupe blues-fuzz antisocial avec lequel je joue depuis une quinzaine d’années, aux côtés de Wlad et Marco Fatal. On a sorti 4 albums sur Voodoo Rhythm, le label du Reverend Beatman, dont le tout dernier, Eat LSD, Pray to Satan, Love No One.
Récemment, Looch Vibrato a réactivé les Magnetix en version « puissance 2 », avec Destination Lonely comme backing band. Je joue aussi avec l’orchestre de Jérôme Sage, un truc 60’s fuzz, antiyéyé, vraiment super ! Et pour la partie internationale, je fais partie du CP Westman Orkester, avec le Suédois Pontus Westman (Lady Banana, Big Kizz) et le Rochelais Bart de Vrantijc (Bart & The Brats, Teenage Hearts…).
Comment décrirais-tu ta musique ?
Comme tu vois, ce n’est pas très clair, mais c’est toujours assez violent, non consensuel et ancré dans le rock’n’roll.
Tu mènes une carrière de réalisateur de disques : peux-tu expliquer en quoi cela consiste exactement ?
J’ai surtout un studio d’enregistrement, Swampland, où j’ai travaillé avec pas mal de groupes… depuis 1997… sans avoir jamais appris ! Je ne réalise pas vraiment les disques, mais j’enregistre les groupes, je les écoute, je les guide, je leur fais des propositions. Je ne vois pas comment on peut faire autrement, en tant qu’ingénieur son indépendant et amoureux de musique.
Comment as-tu appris ce métier ?
Le guitariste-chanteur d’un de mes premiers groupes est mort et nous a laissé un magnéto à bande Fostex ¼" avec une table de mixage, quelques micros et un Space Echo. À partir de là, j’ai commencé à enregistrer des trucs, puis les Magnetix sont arrivés, puis les Fatals, et puis plein d’autres ensuite. Je n’ai pas appris le métier. J’ai appris à me servir des appareils, et après, j’ai écouté et j’écoute toujours beaucoup de musique… celle que j’aime, évidemment, pas toutes les musiques ! Je pense que la base de données pour enregistrer correctement, elle est surtout là, bien moins dans la technique ou la technologie… Mais bon, chacun son avis, hein ?
Quelles sont tes particularités ou ta signature en tant qu’ingénieur son ?
Frontal, cru, authentique ! Je ne sais pas, ce n’est pas à moi de dire. Quand on a sorti la compilation Swampland Session en double LP en 2021 (Le Laboratoire Rds), on a pu voir qu’il y avait une certaine cohérence dans les enregistrements sur 15 ans, malgré les différences de matériel, de styles ou de groupes… mais c’est dur à définir. Je fais ce que je peux, déjà… Et ça marche, parfois !
Et puis j’essaie de m’inscrire dans une double histoire : celle du rock’n’roll au sens large et celle de l’enregistrement. C’est pour ça que je privilégie le matériel analogique et les méthodes dites « à l’ancienne », avec un esprit DIY et punk !
Sur combien de projets différents as-tu travaillé jusqu’à présent ?
Va voir sur Discogs ! Je n’ai pas compté, mais ça fait beaucoup de disques… 200, peut-être ?
Les artistes qui viennent travailler avec toi cherchent-ils un son précis ? Si oui, comment le décrirais-tu ?
Cru, authentique… Toujours ! Je crois que c’est pour ça qu’ils viennent : pour retrouver un certain grain, une idée du rock d’avant le numérique, les émulations, les triggers, les enregistrements en 108 pistes… Et ils cherchent aussi de l’écoute et un savoir-faire, évidemment.
Comment es-tu en studio : plutôt directif ou laisses-tu les artistes libres de leur créativité ?
Je suis tout doux, haha ! Ni l’un ni l’autre. J’ai des idées, ils en ont aussi, on en discute… Mais à la base, c’est quand même leur musique. Ça se passe très bien en général !
Tu es aussi musicien. Penses-tu que c’est un atout d’être musicien pour réaliser des disques ?
Évidemment ! C’est beaucoup plus facile pour échanger sur les idées ou comprendre les structures et les enchaînements d’accords. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, mais je me retrouve systématiquement à jouer sur tous les albums qui sortent !
Peux-tu nous raconter une anecdote marquante vécue en studio ?
Je n’ai pas spécialement d’anecdotes marquantes, ou alors elles ne me viennent pas à l’esprit… Mais j’ai eu un groupe qui atténuait sa caisse claire avec un portefeuille bien rempli (une méthode héritée du Memphis des années 60)… ou avec une tartine de pain de mie beurrée (une méthode héritée des Pyrénées ariégeoises !). Quelques histoires de drogue aussi, mais vous n’en saurez rien ! En revanche, j’ai vraiment eu un mec qui jouait du thérémine avec son sexe ! Après, il y a les mauvaises journées où le groupe ne rentre pas un morceau, ou les séparations en direct…
Un des trucs les plus compliqués qu’on m’ait demandé, c’était d’enregistrer deux batteries complètes + les amplis + les gars, évidemment, pour le « M » des Monsters… Même plus la place pour mettre les micros, haha ! Ils avaient pris trois jours, ils ont enregistré l’album en un jour et demi !
Quels sont tes projets actuels ou futurs ?
Pour le studio, il reste pas mal de trucs à sortir : Bart & The Brats, BDK Drives the Ufozzz, les Magnetix, Pierre Omer, le super album de mon pote Jérôme Sage (Parfum Pompier, il cherche une coproduction, d’ailleurs) … J’ai quelques sessions à venir, mais les temps sont compliqués depuis le Covid. Je pense que beaucoup de gens se sont dit qu’ils pouvaient tout faire tout seuls chez eux… Malheureusement, ça ne marche pas forcément comme ça. Tu peux facilement te perdre, perdre ton temps et, au final, sonner tout plat, quelconque, avec ce même son fictif de caisse claire utilisé par 80 % des groupes actuels… Bref, je ne veux pas faire le malin, mais « la routourne va tourner », comme disait le prophète… J’espère en tout cas, pas envie d’aller pointer à l’usine !
Côté musique, ça joue en mai avec Magnetix², ça tourne en juillet avec Destination Lonely, notamment quelques dates communes avec nos camarades transalpins Sloks, et ça prépare du neuf avec l’orchestre Jérôme Sage.
Et par ailleurs, toujours l’After Chez Eddy, le premier jeudi du mois, sur la radio Canal Sud 92,2 à Toulouse. Et quelques co-organisations de concerts avec Sex Beat Experience, essentiellement au Ravelin. Prochainement : Escape-Ism, Videoflip, The Bad Plug, Subtle Thurnips, Mammoüth…
Le mot de la fin !
Merci à toi de t’intéresser à mes activités. Écoutez de la musique, restez cool… Le monde s’écroulera quand même !
SWAMPLAND :
https://swamplandrec.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/p/Swampland-100087576964921/
https://www.instagram.com/swamplandspider/
AFTER CHEZ EDDY :
https://www.canalsud.net/spip.php?rubrique221
https://www.facebook.com/afterchezeddy/?locale=fr_FR

