Alas : L’art de naviguer entre rock, pop et poésie sans jamais se renier.

mardi 8 septembre 2026, par Franco Onweb

Musicien rennais aux multiples facettes, Alas a construit son univers en dehors des cases. Entre rock, pop et chanson, il cultive une liberté artistique rare, mêlant multi-instrumentation, textes travaillés et une touche de mélancolie. Rencontre avec un artiste qui assume ses inspirations, ses doutes et sa passion pour une musique authentique, sans compromis.

Peux-tu te présenter ?

Je suis Alas, un musicien rennais avec pas mal d’expérience. Il y a une bonne dizaine d’années, je me suis autorisé un projet purement artistique et personnel, sans but précis, avec juste l’envie de me faire plaisir. Avec le temps, cela s’est développé et c’est devenu mon projet principal.

Alas
Crédit : Stéphane Perraux

Tu viens de Rennes ?

Oui, même si je n’appartiens à aucune scène, j’ai une prédilection pour les groupes à guitare. Dès que je suis arrivé à Rennes, j’ai monté un groupe de fusion, puis un super groupe de métal : Abkahn. C’est un groupe qui a beaucoup tourné et qui a sorti 2 EPs et un album. Avant d’arriver à Rennes, j’étais Parisien, d’origine bretonne, et c’est là que j’ai formé mes premiers groupes dès l’âge de 16 ans.

Ce que l’on remarque en premier, c’est que tu arrives à mélanger la pop, le rock et la chanson !

(Rires) Cela vient de ce choix de ne pas me donner de cadre et d’aller au fil de l’inspiration. J’ai beaucoup d’inspirations, même si j’écoute principalement du rock, j’ai essayé de faire quelque chose de personnel. C’est souvent difficile à vendre ou à réaliser, mais c’est ce que je voulais faire.

Tu écris des chansons sans vouloir « rentrer dans une case ». C’est ce qui rend ton disque passionnant.

Sans vouloir être prétentieux, je dirais que faire de l’art, donc de la création, sans se soucier de ce que pensent les autres, c’est l’essence même de l’art. C’est ce que je recherchais : des morceaux qui me plaisent à moi-même. J’aime tous mes morceaux : ce sont mes créations… Il y a des morceaux que j’ai écrits quand j’étais dans d’autres groupes, d’autres que j’ai écrits seul… J’aime ces moments de magie où, sur ta guitare, apparaît une ligne mélodique qui donne naissance à une chanson.

Pourquoi Alas ?

Je cherchais un nom simple pour ce projet. À l’époque, dans mon agenda, je notais des mots. Quand je bloquais, je notais alias, je me cherchais un alias… Un jour, j’ai vu un film avec un personnage disait « alas », qui veut dire hélas en anglais. J’ai adoré ce nom, j’ai enlevé le i de Alias, et voilà. Je me suis aperçu bien après que cela voulait aussi dire les ailes en espagnol. C’est très poétique et mélancolique comme nom. Je voulais vraiment quelque chose de simple.

Tu as été « un homme-orchestre » pendant dix ans.

J’appelle ça « un homme-groupe », qui est la traduction littérale de One Man Band. Cette liberté que je me suis offerte impliquait vraiment un travail en solo. J’ai fait beaucoup de groupes avec une démocratie interne, mais c’est parfois un frein. Comme je n’ai pas une âme de leader, je suis resté dans mon coin. Je suis aussi multi-instrumentiste : je touche un peu à tous les instruments et je me lasse un peu vite… Mon but, c’est le chant et la guitare. Et comme c’était la mode des One Man Band, j’y suis allé seul. Je suis un ancien guitariste devenu bassiste, et quand je joue de l’un de ces deux instruments, l’autre me manque, alors j’ai alterné. Depuis dix ans, j’ai un one man band un peu évolué : une batterie aux pieds avec quatre instruments (d’habitude, c’est deux ou trois), une guitare trafiquée qui me permet de faire de la basse sur les trois cordes graves, et sur le premier EP, en 2021, ça s’entend vraiment. Il y a aussi l’harmonica et le synthé.

Tu as beaucoup tourné avec ce projet ?

Oui, une centaine de dates !

Tu ne craignais pas d’être plus un spectacle ou une performance qu’un vrai concert, et que les spectateurs ne voient pas le côté musical ?

Pas tant que ça. D’abord, je suis assis. Il y a un côté performance, c’est vrai, certains spectateurs me l’ont dit, mais ça reste de la musique. Au bout d’un moment, ils ne voient plus la performance. Après le premier EP, qui avait été fait dans l’optique de tourner en 2022, j’ai commencé à faire beaucoup de dates. C’est une année qui a été charnière : j’ai vraiment « rodé » le show. Comme j’avais une douzaine de titres, c’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire un album.

Quels ont été tes concerts les plus importants ?

J’ai surtout fait du café-concert. J’ai écumé tous les lieux dans un rayon de 300 km autour de Rennes.

En concert
Crédit : Jacky Besnard

Qu’est-ce que tu avais en tête comme influence en enregistrant cet album ?

Surtout mes chansons (rires) ! Sinon, comme je suis un gros fan des années 70, un âge d’or avant les synthés, je voulais retrouver ce son.

Tu m’as fait penser aux Violent Femmes !

(Rires) Ah bon ? J’ai un son très épuré, et comme je dois faire tous les instruments tout seul, j’essaie d’aller à l’essentiel. Je retire toutes les notes trop compliquées à la basse ou à la guitare. J’ai choisi de garder un côté simple au niveau des rythmiques ou des mélodies.

Tes textes sont très importants pour toi. Je me suis demandé si tu étais un auteur qui met des textes sur de la musique. Tes textes ont une vraie dynamique par rapport à la musique.

Mes textes viennent de la musique, et quand elle est un peu aboutie, je m’attaque au texte, et à partir de là, je m’occupe moins de la musique. J’ai un système assez simple : j’ai une idée, un thème. J’écris alors beaucoup de mots, genre quatre pages, et ensuite j’en enlève 90 %. Ensuite, il faut chanter ce texte, et à partir de là, je reprends mes mots. Souvent, je m’aperçois qu’il y a des choses superbes sur le papier mais qui ne passent pas à l’oral. Je change juste les mots qui ne passent pas, non pas avec la sonorité, mais avec un mot qui lui ressemble. Il n’y a que moi qui arrive à comprendre mes textes. Cela a un côté onirique, mais il y a souvent une différence entre le texte écrit et le texte final chanté.

Tu abordes beaucoup de choses, comme la famille ou l’amour, mais sans pour autant tomber dans la facilité.

Je suis assez exigeant avec moi-même. J’entends parfois des chansons où des facilités d’écriture gâchent un peu les titres. J’essaie d’éviter des écueils comme ne pas me répéter d’une chanson à l’autre. J’aime les rimes, mais je fais attention à ne pas trop tomber dedans.

Tu as une vraie recherche du mot, ce qui donne un côté très intelligent.

(Rires) J’ai un livre de chevet qui s’intitule « Petit traité de versification française » de Maurice Grammont. J’ai cherché ce livre pendant des années parce que je voulais comprendre la grammaire de la poésie. Dans ce livre, j’ai trouvé plein de réponses à mes questions, comme le fait que faire rimer amour avec toujours n’est pas une super idée. Il appelle ça des rimes banales. Un jour, en écoutant à la radio une chanson de variété française, j’ai entendu cette rime amour avec toujours (rires). Avoir ce bouquin m’a ouvert des pistes. J’ai compris pourquoi j’étais mal à l’aise avec certaines rimes.

Tes textes sont un peu… noirs !

C’est clair ! Il y a plusieurs morts dans une chanson, trois ruptures et la maladie mentale (rires). Si l’Hallali, la chanson qui ouvre l’album, pour beaucoup, c’est un texte militant, alors que c’est plutôt un texte d’un type désabusé.

Tu l’as enregistré où et avec qui, cet album ?

J’ai commencé la préproduction en solo dans mon petit local de répétition. J’ai fait les basses, les guitares et les batteries. Puis j’ai retrouvé Caterina Virgilio, de IDO Production, qui a bien aimé. Elle m’a proposé de produire l’album. J’avais rencontré les frères Moundrag, qui avaient un peu de temps libre pendant leur tournée avec Komodrag & the Mounodor, et on a fait l’album ensemble chez Romain Baousson, l’ancien batteur des Bikini Machine, qui produit beaucoup d’artistes. J’avais vraiment une envie de partage sur ce disque, et on a vraiment réussi à faire quelque chose qui me plaît. Je ne voulais aucun métronome sur le disque, pas d’Auto-Tune, peu d’édition.

Tu l’as fait assez vite ?

Oui, assez ! En tout cas, toute la base rythmique a été enregistrée en live, puis on a rajouté les guitares, voix, percus …

Crédit : Stéphane Perraux

Tu vas jouer avec Thomas Schaettel, qui est un fabuleux claviériste, et Alex Tual à la batterie ?

Oui, ce sont deux super musiciens qui ont joué avec Santa-Cruz ou les Roadrunners. Ils ont aussi fait une tournée avec Miossec. C’est vraiment une super équipe. Les Moundrag ne pouvaient pas jouer avec moi : ils avaient soixante dates en un an et demi, et je savais que je devais monter une équipe. Je suis vraiment très content de travailler avec ces deux musiciens.

Tu as surtout joué en Bretagne ?

Oui, principalement, mais j’ai aussi parcouru la France et j’ai monté une petite tournée en Belgique pour le fun.

Vous allez toujours jouer à trois ?

Non, malheureusement, on va rester pragmatiques : je vais continuer à jouer en solo en fonction des disponibilités de chacun et aussi du budget. C’est de plus en plus dur de financer un projet comme le mien, qui n’est pas très connu.

Tu vas tourner ?

Oui, j’ai vraiment envie de tourner. Je cherche des dates pour le printemps-été 2027, que ce soit en trio, en duo ou seul.

Tu vas aller où ?

Partout où je peux !

Et un nouveau disque ?

J’ai toujours fonctionné à l’inspiration, et là, je suis tellement occupé que je suis un peu en pause au niveau de l’écriture. Je n’ai pas encore digéré le fait d’avoir sorti un album pour penser à la suite. Je n’ai aucun deadline sur ce projet. Je ne veux pas écrire pour écrire, ça donne des chansons pas bonnes.

Tu n’as pas envie de travailler sur un spectacle plus global, avec un thème, une sorte de « concept album » ?

Cela ne m’a jamais effleuré. J’aime les concerts de rock classique où les musiciens se branchent.

Le mot de la fin !

Écoutez l’album, lisez les textes, prenez le temps, laissez-vous porter et prenez du plaisir. N’oubliez pas de venir voir Alas en concert.

Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

Il y a un disque que j’adore pour sa puissance et sa diversité : c’est le double album de Higelin, Champagne pour tout le monde et Caviar. C’est quelque chose qui m’a marqué quand j’étais gamin. C’est vraiment un disque qui m’a marqué.

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