Ça a commencé quand et comment, William Pears ?
Thierry Dubois : Ça a commencé en 1992. J’avais eu quelques groupes sur la côte basque. Je venais de Bayonne et, avec le bassiste de ces groupes, Marc, on s’est retrouvés à Paris. On a voulu refaire un truc. Un copain nous a présenté Pierre Gildas (guitariste, NDLR) et on a commencé en trio avec une boîte à rythme. On avait fait une petite cassette de démos. On l’a envoyée à Christophe Conte aux Inrocks, après avoir lu une chronique qu’il avait faite d’un album des Sneetches. Il a beaucoup aimé.
C’est lui qui vous a lancés ?
T : Au début, il a essayé de nous trouver un contrat avec un label. Notre cassette, que nous avions faite sous le nom des Acid Popes, n’intéressait personne. À cette époque, il a rencontré Frédéric Monvoisin, qui s’occupait d’Autour de Lucie, et avec eux et nous, ils ont décidé de créer un label : Le Village Vert ! Le guitariste d’Autour de Lucie nous a proposé de jouer avec nous, mais comme on était déjà deux guitaristes, on lui a dit non ; on lui a demandé s’il connaissait un batteur, et c’est lui qui nous a trouvé Éric. Et voilà, on était au complet ! On était en 1992.
Et là, vous sortez « Elephant in Chinaese Shop », votre premier album ?
T : On a d’abord sorti un EP, un CD de cinq titres, qui a été la première sortie du Village Vert en 1993. Il a été très bien reçu par les médias, donc ils ont décidé de sortir un album en 1994.
Pourquoi ce nom, William Pears ?
T : Au début, on s’appelait les Acid Popes. Un soir, on était dans un bar avec des copains et chacun proposait des noms. Moi, j’avais proposé « William et ses Poires ». On l’avait oublié. Quelques jours plus tard, je suis allé chez des copains qui étaient là. Ils avaient notre première cassette et avaient refait la jaquette avec « William Pears ». J’ai trouvé ça rigolo, et donc on l’a gardé.
C’était l’époque de la pop anglaise, très défendue par les Inrocks ?
T : On ne connaissait que Christophe aux Inrocks. On a rencontré une fois Emmanuel Tellier, parce qu’il faisait partie d’un groupe qui s’appelait « Chelsea ». On a fait notre premier concert en faisant sa première partie, avec Autour de Lucie.
Pierre Gildas : C’était à l’Européen, en 1992.
Quelles étaient vos influences ?
T : Toute la pop depuis les années 60. Pierre Gildas et moi, nous avons un faible pour la pop de 1966 à 1969, la pop psychée et baroque. On a commencé avec les Beatles, puis on a continué avec Brian Wilson, les Zombies, les Left Banke… Dans les années 80, on a beaucoup été influencés par XTC et Elvis Costello…
P : Et les Jam ! Je venais de Rennes, donc j’étais très influencé par la New Wave. J’ai été très marqué par le guitariste de Marc Seberg, Anzia, qui avait une manière particulière de faire des arpèges ; cela m’a beaucoup influencé. Je jouais dans un groupe qui reprenait Joy Division et Marquis de Sade. J’avais commencé par la pop et je suis revenu à cette musique. Comme beaucoup de gens de la New Wave — XTC ou les Jam — ont repris l’héritage de la pop, et j’adorais tous ces groupes.
T : Marc, le bassiste, et moi, on a été très influencés par la scène mods, avec les Jam ou la Motown.
C’était une volonté de votre part de chanter en anglais ?
T : J’étais prof d’anglais et j’étais le chanteur, donc je suis plus à l’aise en anglais qu’en français. Quand on a fait notre album en français, « Déçu par l’an 2000 », j’ai eu beaucoup de mal à écrire et à interpréter des chansons en français. Cela a été une expérience assez dure. On aurait mieux fait de rester sur l’anglais. La preuve, c’est qu’on l’a réenregistré en anglais et sorti aux Etats Unies en 2001, et il sonne beaucoup mieux comme ça.
Qu’est-ce que ce premier album vous a apporté ?
T : On ne sait pas ce qu’il a fait : on a eu de bonnes critiques dans la presse, mais on n’a jamais su nos chiffres de vente. On avait une belle distribution par Sony Columbia qui était le distributeur du Village Vert.
Vous avez beaucoup joué ?
T : Oui, beaucoup.
P : Entre 1994 et 1995, on a enchaîné des dizaines de concerts un peu partout. On a vraiment beaucoup tourné. Il y a eu ensuite le deuxième album. Le Village Vert a eu des pressions de Sony, qui nous distribuait, pour que nous chantions en français. On l’a fait un peu contraints. À l’époque, il y avait la loi Toubon, qui imposait des quotas de chansons en françaises à la radio. On nous a clairement dit que si nous voulions continuer à faire des disques, il fallait chanter en français. On s’est exécutés, mais le résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances !
T : Autour de Lucie chantait en français, par exemple… On a pris ça pour un défi ! J’avais déjà chanté en français dans mes autres groupes. En tout cas, on n’arrivait pas à finir l’album, et on sentait que le Village Vert n’était plus trop derrière nous…
Vous n’aviez pas le complexe de la « chanson française », alors que vous faisiez de la pop ?
T : Autour de Lucie faisait de très beaux textes, par exemple. Mon modèle, c’était Gainsbourg, mais je n’avais jamais vraiment écouté de gens qui chantaient en français ; pourtant, il y a de très beaux textes en français.
Mon problème, c’était d’arriver à faire sonner les paroles…
P : Ce n’est pas évident : il y a des groupes comme les Innocents qui ont réussi à faire des chansons pop en français, mais c’étaient des exceptions. Le disque n’est même pas sorti sur le Village Vert.
Vous avez joué à l’étranger ?
T : En 1998, on est allés aux États-Unis. On avait été invités à jouer dans un festival, Poptopia. Là-bas, on nous a présenté un label, Permanent Press Records, qui a sorti notre disque. On y est retournés pour le défendre. Ensuite, ils ont sorti notre album en français, que nous avions refait en anglais,sous le titre « Big Bang » et après, le label a coulé (sourire) !
Suite à ça, votre biographie précise : « ils font une pause ». Concrètement, vous vous êtes séparés ?
T : On a enregistré l’album qui sort maintenant, « Out Of Our Systems », mais dans mon souvenir, on ne faisait plus de concerts.
P : On a fait un dernier concert en 2005, à la Cavern de Liverpool.
T : On avait tous des boulots prenants qui nous occupaient. C’est aussi l’époque où nous avons eu des enfants. En 2001, 2002 et 2003, on a enregistré l’album chez moi, dans mon « home studio ». On avait sorti un album chez XIII Bis Records, et ils n’étaient pas intéressés par celui-là. On n’avait plus rien à sortir et plus trop le temps pour jouer, donc voilà… On est restés en contact.
P : Moi, je suis parti en Afrique, puis au Maroc pour le travail, à partir de 2011, où je suis resté dix ans.
Qu’est-ce qui se passe en 2025 pour que vous décidiez de vous reformer ?
T : Pierre Gildas était revenu d’Afrique.
P : J’avais commencé un peu à rejouer au Maroc.
T : On avait un peu oublié ces morceaux que nous avions enregistrés en 2001 et 2003. Éric, le batteur, avait toujours en tête de les sortir.
P : Il n’a jamais lâché l’affaire !
T : Un de ses fils, Lucas, alias Roman Ditch, est devenu ingénieur du son. Tout avait été enregistré sur un Direct To Disc, comme cela se faisait à l’époque. Il avait le matériel pour remixer. Il a essayé. Il nous l’a fait écouter et ça sonnait ! On lui a laissé la possibilité de tout refaire. Là, on s’est dit que ce serait bien d’essayer de rejouer ensemble. Le seul qui a un peu renâclé, c’est Marc, le bassiste, qui n’avait pas touché une basse depuis vingt ans, contrairement à Éric et moi, qui avons continué à jouer dans un groupe de reprises, les Recycled. Je jouais de la basse et je chantais un peu.
On faisait des reprises de blues. Les autres avaient rangé leurs guitares.
P : Je n’ai pas touché une guitare pendant cinq ans, quand j’étais en Côte d’Ivoire. Je n’avais ni le temps, ni l’instrument (rires). Je me suis racheté une petite guitare quand j’étais au Maroc. Pour en revenir à l’album, je veux préciser que nous n’avions que des mises à plat sans relief, et les remixes de Lucas ont offert des perspectives aux morceaux. En plus, on a eu la chance de travailler avec Dominique Blanc-Francard pour le mastering, qui a donné un son brillant à l’album. Il nous a dit : « Ce sont des compos intemporelles avec un son moderne. » « Le son moderne », ce terme nous a beaucoup fait rigoler, mais c’était le résultat du mix.
Tout de suite, vous avez reformé le groupe ?
P : Non, ce n’est pas comme ça. On a un ami qui organise un petit festival privé chez lui. Il nous a invités, et voilà. C’était l’été 2025. On a joué trente-cinq minutes. C’était au moment où Lucas finissait les mixes. Suite à ça, on s’est dit qu’on pouvait rejouer, mais sans avoir un programme très dense. On n’a pas tous les mêmes disponibilités.
Ça fait quoi de rejouer ensemble après si longtemps ?
P : Ça fait bizarre… Mais on a tout de suite vu, à la première répétition, que les réflexes collectifs revenaient assez vite entre nous, surtout sur certains morceaux que nous avions beaucoup joués. C’est revenu assez vite… Après, il y avait encore du travail. Mais la relation était assez fluide, en fait !
T : Je n’avais jamais arrêté de jouer avec Éric. La moitié du groupe était là. J’ai eu l’impression que nous n’avions jamais arrêté, en fait !
P : C’est ça, les automatismes se sont remis en place !
Au lieu de mettre le disque sur les plateformes, vous avez cherché un label et voulu le sortir en physique.
P : J’avais mis nos autres disques sur les plateformes, puisque nous avions récupéré nos droits. On s’est dit que, pour ce « nouveau » disque, il nous fallait de l’aide. On n’a pas d’attaché de presse, de marketing et tout le reste… Un ami du groupe nous a proposé de contacter Sergio, d’Hot Puma, qui travaillait avec des gens que l’on aime bien, comme Discover ou Boris Maurussane. Je l’ai contacté et il a dit « ok ». Il aimait notre travail. C’est quelqu’un qui, depuis la Belgique, fait beaucoup de choses et qui a un bon réseau.
T : Pour nous, c’était l’avantage d’avoir un vinyle : c’est toujours plaisant !
Vous allez jouer ?
P : On fait une release party le 22 novembre à la Chapelle, qui est à Châtillon. Comme ce n’est pas très grand, on va essayer de faire un autre concert à la Pomme d’Ève à Paris fin janvier. Après, on verra suivant les opportunités, sans aucune obligation.
Vous avez composé de nouveaux morceaux ?
P : On en a !
T : Pierre Gildas a composé l’équivalent de deux CDs. Je voudrais bien qu’on les joue et qu’on les enregistre. Je voudrais beaucoup sortir de nouveaux titres. Maintenant, dire quand et où ? Comme nous n’avons pas de manager, on fait tout nous-mêmes.
Il vous reste un public de l’époque ?
P : Oui. Par exemple, Olivier Popincourt nous avait vus en 1995 et il nous a dit que nous lui avions permis de voir que des Français pouvaient faire de la pop.
Quand vous avez rejoué, avez-vous trouvé que le public avait changé, ou étiez-vous devant vos anciens fans ?
T : Depuis 2025, on a rejoué deux fois, dont un concert privé avec des amis amateurs de pop. On a joué à Liverpool, où les gens ne nous connaissaient pas, mais cela s’est bien passé. Mais on n’a pas encore fait de véritables concerts. On verra bien !
Vous avez joué à Liverpool ?
T : On y a joué au mois de mai.
Le mot de la fin !
T : C’est très excitant de se retrouver. J’ai l’impression de faire quelque chose de nouveau. En plus, dans le microcosme pop, les gens aiment nos nouveaux morceaux.
P : Il y a une vraie adrénaline à monter sur scène ! Ça nous rajeunit un petit peu !
Quel disque donneriez-vous à un enfant pour l’emmener vers la musique ?
T : Le premier disque que j’ai acheté, c’est « Revolver », qui est mon album préféré des Beatles, mon album préféré de tous les temps… Il y a tout, et quel plus beau cadeau pour un enfant que ce disque !
P : « Pet Sounds », des Beach Boys.
https://hotpumarecords.com/fr/artistes/william-pears
https://www.facebook.com/TheWilliamPears/
https://williampears.bandcamp.com/
https://www.instagram.com/thewilliampears/




